Economie

Du nucléaire à l'éolien en mer du Nord : le pari énergétique belge

La Belgique est en train de réécrire sa politique énergétique. En mai 2025, le Parlement fédéral a abrogé la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire, ouvrant la voie à une prolongation massive des réacteurs existants et à la construction de nouvelles capacités. Ce virage à 180 degrés, combiné à un plan ambitieux de déploiement des énergies renouvelables et à la pression de l’industrie chimique sur les prix de l’énergie, redessine le paysage énergétique du pays.

Publié et mis à jour le 22 février 20263 min de lecture
Du nucléaire à l'éolien en mer du Nord : le pari énergétique belge

Belgique

— Jesse De Meulenaere

Le retour du nucléaire

La Belgique disposait historiquement de sept réacteurs nucléaires répartis entre les centrales de Doel (Flandre) et Tihange (Wallonie), qui assuraient environ 50 % de la production nationale d'électricité. La loi de 2003 prévoyait leur fermeture progressive d'ici 2025. Doel 3 (1 006 MW) a fermé en septembre 2022, Tihange 2 (1 008 MW) début 2023.

Mais la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine a changé la donne. En mars 2022, le gouvernement a décidé de prolonger de dix ans les deux réacteurs les plus récents — Doel 4 (1 039 MW) et Tihange 3 (1 038 MW) — jusqu'en 2035, dans le cadre d'un accord avec Engie. L'AFCN (Agence fédérale de Contrôle nucléaire) a donné son feu vert au redémarrage de Tihange 3 en juillet 2025 et de Doel 4 en octobre 2025. Engie versera 15 milliards d'euros à l'État belgepour les coûts futurs liés au traitement des déchets.

Le gouvernement De Wever, arrivé au pouvoir début 2025, est allé plus loin. L'abrogation de la loi de 2003 en mai 2025 autorise désormais la prolongation d'autres unités et la planification de nouvelles installations, y compris des petits réacteurs modulaires (SMR). Le ministre de l'Énergie Mathieu Bihet a fixé un objectif de 4 GW de capacité nucléaire d'ici 2040, soit l'équivalent de quatre grands réacteurs. Cette réforme a reçu le soutien du patronat et des fédérations industrielles.

Éolien offshore : la Belgique dans le top mondial

La Belgique est le 2e pays au monde en capacité éolienne offshore par habitant, derrière le Danemark, et le 6e en termes de capacité installée. Les parcs éoliens en mer du Nord produisent actuellement 2,26 GW. L'objectif est d'atteindre 5,4 à 5,8 GW d'ici 2030, grâce au développement d'une deuxième zone maritime dédiée (capacité supplémentaire jusqu'à 3,5 GW).

Le solaire photovoltaïque connaît également une croissance rapide, portée par les incitations régionales et l'autoconsommation des ménages. La production combinée éolien + solaire a dépassé 15 TWh par an. Le réseau de chaleur Antwerpen Noord, premier réseau ouvert de Belgique, et le projet EnergyVille (partenariat IMEC-KU Leuven-VITO-UHasselt) illustrent l'essor des solutions énergétiques innovantes.

Hydrogène et industrie verte

La position du Port d’Anvers-Bruges comme hub pétrochimique européen en fait un candidat naturel pour la transition vers l’hydrogène vert. Le port développe des projets de production d’hydrogène par électrolyse, de captage et stockage de CO₂ (CCS) et de chimie circulaire (NextGen District). L’objectif de climat-neutralité du port est fixé à 2050.

La Belgique participe activement aux projets européens d’infrastructure hydrogène, notamment via le corridor H2 entre les ports de la mer du Nord et les bassins industriels allemands et français. Le réseau Fluxys est positionné pour devenir un opérateur clé du transport d’hydrogène en Europe du Nord-Ouest.

Le défi de la compétitivité énergétique

Le principal défi reste le coût de l'énergie pour l'industrie. Les prix de l'électricité et du gaz sont structurellement plus élevés en Europe qu'aux États-Unis, et la chimie de base belge — premier secteur industriel du pays — subit de plein fouet cet écart. Le taux d'utilisation des capacités industrielles est au plus bas depuis 2009, et le secteur appelle à des mesures de compétitivité énergétique.

Le Plan national Énergie-Climat (PNEC) fixe un objectif de réduction de 47 % des émissions de gaz à effet de serre (hors ETS) d’ici 2030 par rapport à 2005, et vise la neutralité carbone à l’horizon 2050. L’arrivée de l’ETS2 (système d’échange de quotas pour les bâtiments et les transports) en 2028 pourrait provoquer un rebond temporaire de l’inflation via les prix des carburants.

Sources : AFCN, Sfen, Elia, Engie, Port d'Anvers-Bruges, AIE (Belgium Energy Review), EnergyVille, Connaissances des Énergies, Euractiv

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