Economie
Transition écologique et cleantech : les ambitions suisses
Les technologies propres représentent désormais près de 5 % du PIB suisse, soit environ 30 milliards de francs. Le secteur emploie plus de 200 000 personnes et croît plus vite que la moyenne de l'économie. Cinquante nouvelles startups cleantech sont créées chaque année en Suisse — soit quasiment une par semaine. Il ne s'agit plus d'un secteur d'avenir, mais d'un secteur établi et déjà bien ancré dans l'économie.

Un marché porté par la politique énergétique
La Stratégie énergétique 2050, adoptée après le vote de 2017 sur la sortie progressive du nucléaire, fixe le cap : neutralité carbone d'ici 2050, doublement de la production d'électricité renouvelable, réduction de moitié de la consommation énergétique. L'objectif est de passer de 7,5 % de part des énergies renouvelables nouvelles dans la production d'électricité (2024) à 35 TWh en 2035.
L'hydropower reste le socle : plus de 60 % de l'électricité suisse est d'origine hydraulique, une proportion parmi les plus élevées au monde. Le solaire connaît une accélération rapide, y compris en altitude avec des projets de parcs photovoltaïques alpins. L'éolien progresse plus lentement, freiné par les procédures d'opposition. L'hydrogène vert fait l'objet d'investissements croissants, notamment pour décarboner le transport lourd — la Suisse est pionnière dans le déploiement de camions à hydrogène (projet Hyundai-H2 Energy).
Les domaines clés
Les cleantech suisses couvrent un spectre large : efficacité énergétique dans le bâtiment (enjeu majeur, puisque 60 % des bâtiments sont encore chauffés au mazout ou au gaz), mobilité durable (électromobilité, mobilité hydrogène, recharge rapide), gestion de l'eau et traitement des eaux usées, économie circulaire, smart grids et stockage d'énergie.
Quelques exemples concrets d'entreprises issues de l'écosystème : DePoly (recyclage chimique du PET, spin-off EPFL, élue startup suisse la plus prometteuse en 2024), Enerdrape (géothermie de surface non invasive pour les bâtiments), Synhelion (carburants solaires), WattAnyWhere (électricité à partir d'éthanol renouvelable), 3S Swiss Solar Solutions (photovoltaïque intégré au bâtiment), Hitachi Energy avec sa technologie Grid-eMotion® Flash pour la recharge des bus électriques, déployée à Genève et à Nantes.
La Suisse occidentale, épicentre cleantech
Le canton de Vaud est le premier canton cleantech du pays avec 172 startups recensées, suivi de Zurich (160), Berne (47) et le Valais (40). La plateforme CleantechAlps, basée à Sion, fédère l'écosystème de Suisse occidentale depuis plus de 15 ans et compte plus de 1 000 entreprises membres.
L'EPFL et l'ETH Zurich fournissent le pipeline de découvertes. Le Swiss Innovation Park et les incubateurs cantonaux (Innovaud, Fongit Genève, InnoPark Valais) assurent l'accompagnement des porteurs de projets. La Confédération, via Innosuisse, finance les projets de recherche appliquée.
Finance durable : l'avantage genevois
Genève s'est positionnée comme l'une des capitales mondiales de la finance durable. Les critères ESG sont intégrés par la quasi-totalité des gestionnaires de la place. La ville accueille le siège de plusieurs organisations de référence (Swiss Sustainable Finance, Building Bridges) et attire un nombre croissant de fonds d'investissement à impact.
Le repositionnement est visible jusque dans le négoce de matières premières : les grandes maisons genevoises diversifient leurs activités vers les commodités vertes — certificats carbone, biofuels, métaux critiques pour la transition énergétique.
Défis à relever
Le financement reste le principal obstacle pour les startups cleantech suisses : 59 % d'entre elles identifient la levée de fonds comme leur défi numéro un. Les cleantech, à la différence des startups logicielles, nécessitent des investissements lourds pour passer du prototype à l'industrialisation. En comparaison internationale, la Suisse se classe au dixième rang en matière de financement cleantech, loin derrière la Scandinavie.
Pour les entreprises francophones, les opportunités sont réelles : co-développement technologique, accès aux marchés publics suisses (rénovation énergétique, mobilité, gestion de l'eau), partenariats industriels avec les grands donneurs d'ordres, et accès aux financements européens via les programmes de coopération Suisse-UE en matière de recherche.
Sources : Team France Export, CleantechAlps, S-GE, GGBa, OFEN (Office fédéral de l'énergie), Swiss Sustainable Finance
