Economie

Life sciences : l'atout majeur de l'économie suisse

L'industrie pharmaceutique et chimique est le premier moteur de l'économie suisse. Elle pèse environ 10 % du PIB, emploie directement plus de 50 000 personnes et représente près de la moitié des exportations du pays. Sa productivité est sans équivalent : plus de 920 000 francs de valeur ajoutée par emploi, soit cinq fois la moyenne nationale. Quand ce secteur ralentit — comme au troisième trimestre 2025, avec un recul de 8 % de la production sous l'effet des surtaxes douanières américaines — c'est tout le PIB suisse qui fléchit.

Publié et mis à jour le 18 février 20263 min de lecture
Life sciences : l'atout majeur de l'économie suisse

Un poids économique considérable

Selon l'étude de BAK Economics pour Interpharma, l'ensemble de la chaîne de valeur pharmaceutique a généré en 2022 une valeur ajoutée directe et indirecte de 74,5 milliards de francs. Les exportations du secteur ont dépassé 109 milliards de francs la même année, faisant de la Suisse l'un des premiers exportateurs mondiaux de produits pharmaceutiques par habitant.

Les géants du secteur sont connus : Roche (diagnostics, oncologie), Novartis (thérapies innovantes, génériques via Sandoz, désormais coté séparément), Lonza (sous-traitance biopharmaceutique), Bachem (peptides), Galderma (dermatologie), Ferring (biosciences). À leurs côtés, des centaines de PME et de startups forment un tissu industriel dense, de la recherche fondamentale à la production de masse.

L'axe Bâle–Zurich : le cœur historique

Bâle reste l'épicentre mondial. Roche et Novartis y ont leur siège et investissent massivement dans leurs campus. Le Novartis Campus, ouvert aux startups et aux chercheurs, incarne un modèle d'innovation ouverte. Zurich complète le dispositif avec l'ETH, classée parmi les dix meilleures universités techniques au monde, et une concentration de biotech spécialisées en immunologie, en thérapie génique et en intelligence artificielle appliquée à la découverte de médicaments.

La Health Valley : le pôle francophone

En Suisse occidentale, un écosystème parallèle s'est structuré sous le label « Health Valley ». De Genève à Berne, en passant par Lausanne, Neuchâtel et le Valais, cette région francophone rassemble plus de 1 000 entreprises et institutions, 35 000 professionnels qualifiés et des infrastructures dédiées.

Le Campus Biotech à Genève, créé dans les anciens locaux de Merck Serono, accueille l'Institut Wyss pour la bio-ingénierie et des dizaines de startups en neurotechnologie et santé numérique. Le Biopôle à Lausanne, adossé au CHUV et à l'EPFL, concentre plus de 100 entreprises sur un campus de 45 000 m². PhytoArk et BioArk en Valais ciblent les biotechnologies et les ingrédients naturels. Le Swiss Biotech Center à Monthey offre des capacités de production GMP aux startups qui n'ont pas encore les moyens de construire leurs propres lignes.

Des scale-ups issues de cet écosystème ont atteint une envergure internationale : MindMaze (neurotechnologie, valorisée à plus d'un milliard de dollars), SOPHiA GENETICS (analyse de données génomiques, cotée au Nasdaq), Lunaphore (diagnostic tissulaire), Abionic (diagnostic rapide). Incyte, CSL Behring et Edwards Lifesciences y ont implanté des centres opérationnels.

Medtech et santé numérique

La Suisse compte environ 1 400 entreprises dans les technologies médicales, un secteur qui génère 2,8 % du PIB et emploie quelque 63 000 personnes. La région de l'Arc jurassien — Neuchâtel, Berne, Soleure — excelle dans les dispositifs implantables et l'instrumentation chirurgicale, héritage direct du savoir-faire horloger en micro-ingénierie de précision.

La santé numérique progresse rapidement. L'EPFL et l'Université de Genève forment des cohortes de data scientists spécialisés. Le Swiss Personalized Health Network fédère les hôpitaux universitaires autour de l'exploitation des données de santé. Le cadre réglementaire suisse, réputé rigoureux mais prévisible, constitue un atout pour les entreprises qui doivent obtenir des certifications CE et FDA.

Ce que cela signifie pour les investisseurs francophones

La Health Valley offre un point d'entrée naturel pour les entreprises francophones. Les opportunités sont concrètes : sous-traitance pharmaceutique (le marché de la CDMO est en pleine expansion), co-développement de dispositifs médicaux, essais cliniques multicentriques, formation professionnelle spécialisée. Le GGBa (Greater Geneva Bern area) accompagne gratuitement et confidentiellement les entreprises étrangères dans leur implantation. L'association BioAlps fédère l'écosystème et facilite les mises en relation.

Sources : Interpharma / BAK Economics, OFS, S-GE, GGBa, BioAlps, Campus Biotech, SECO