Economie

La Suisse, championne mondiale de l'innovation

1ère mondiale au Global Innovation Index de l'OMPI depuis plus d'une décennie, la Suisse n’est pas championne par hasard. Le pays investit 3,4 % de son PIB en recherche-développement — environ 25 milliards de francs par an — dont les deux tiers proviennent du secteur privé. 27 prix Nobel, deux écoles polytechniques classées dans le top 20 mondial, le CERN, et un taux de brevets par habitant parmi les plus élevés au monde. Derrière ces chiffres, un système conçu pour que la recherche se transforme en business.

Publié et mis à jour le 18 février 20263 min de lecture
La Suisse, championne mondiale de l'innovation

Vue du bâtiment conçu par Renzo Piano pour le Portail de la science du CERN à Meyrin (GE)

R&D : une machine alimentée par le privé

Le secteur privé suisse investit 18 milliards de francs par an en R&D, en progression constante de 3,5 % annuels depuis 2021. Les dix premiers investisseurs (Roche, Novartis, ABB, Nestlé, Schindler, Logitech, Sonova, Te Connectivity, Sika, Georg Fischer) concentrent une part substantielle de cet effort, mais des milliers de PME participent au mouvement via des partenariats avec les hautes écoles.

Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) finance les projets fondamentaux. Innosuisse, l'agence fédérale de l'innovation, prend le relais pour les projets collaboratifs entre recherche et industrie, avec des budgets qui dépassent les 500 millions de francs par an.

Un écosystème académique d'exception

L'ETH Zurich et l'EPFL Lausanne forment le tandem le plus performant d'Europe continentale en sciences et technologies. L'ETH se classe régulièrement dans le top 10 mondial ; fondée sous sa forme actuelle en 1969, est devenue en cinquante ans une référence en ingénierie, informatique, sciences de la vie et énergie.

À Genève, le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) constitue un atout unique à l'échelle mondiale. Plus grand laboratoire de physique des particules au monde, il emploie plus de 17 000 chercheurs, ingénieurs et techniciens issus de 110 nationalités. Au-delà de la recherche fondamentale (découverte du boson de Higgs en 2012), le CERN est un puissant générateur de transfert technologique : c'est là qu'a été inventé le World Wide Web en 1989, et ses travaux continuent de produire des retombées dans l'imagerie médicale, les détecteurs de particules, le calcul distribué et les technologies de l'accélérateur. Son programme de licences et de spin-offs irrigue l'écosystème d'innovation de la Suisse romande.

Autour de ces trois pôles (ETH, EPFL, CERN), un réseau dense de hautes écoles spécialisées (HES) assure le transfert technologique vers le tissu économique. La HEIG-VD à Yverdon, la HEPIA à Genève, la HE-Arc à Neuchâtel travaillent directement avec les industriels locaux sur des projets appliqués.

Les collaborations universités-entreprises sont structurées à travers le Swiss Innovation Park, un réseau de campus répartis sur cinq sites : West EPFL (Lausanne), Biel/Bienne (industrie 4.0), Zurich, Bâle (life sciences) et Villigen (technologies neutroniques). Microcity à Neuchâtel, le Marly Innovation Center à Fribourg et l'Idiap à Martigny complètent le maillage.

Formation duale : le secret le mieux gardé

L'un des avantages compétitifs les plus sous-estimés de la Suisse est son système de formation professionnelle duale. Près de 70 % des jeunes Suisses choisissent l'apprentissage à 15-16 ans, alternant entre école et entreprise pendant trois à quatre ans. Ce système produit une main-d'œuvre opérationnelle, immédiatement employable, avec un taux de chômage des jeunes parmi les plus bas du monde (environ 8 %, contre 15 à 25 % dans la plupart des pays européens). Il explique en grande partie l'absence de décalage entre offre et demande de compétences qui pénalise tant d'autres économies.

Secteurs d'avenir

L'intelligence artificielle est un axe prioritaire. L'EPFL et l'ETH hébergent des laboratoires de pointe en apprentissage automatique, robotique et traitement du langage naturel. La Suisse occidentale est devenue un hub mondial de la gestion autonome du trafic de drones, avec des corridors d'essais réels entre les cantons de Vaud, Genève et le Valais.

L'informatique quantique mobilise des investissements croissants, avec des programmes de recherche à l'ETH et des partenariats avec IBM, Microsoft et Google. La fintech, la santé numérique, les matériaux avancés et les technologies propres (cleantech) complètent un portefeuille d'innovation qui couvre toute la chaîne de valeur, de la découverte fondamentale à la mise sur le marché.

Sources : OMPI – Global Innovation Index, Economiesuisse, OFS, Innosuisse, S-GE, GGBa, EPFL, ETH Zurich