Economie
Innovation, deeptech et numérique : la Belgique dans la course mondiale
La Belgique n’est pas le premier pays qui vient à l’esprit quand on parle de tech. Et pourtant : le pays héberge l’un des centres de recherche en semiconducteurs les plus importants au monde, a produit deux pentacornes (valorisation supérieure à 5 milliards d’euros), a levé 1,42 milliard d’euros en capital-risque tech en 2024 — un record — et se classe 2e pays européen le plus mature en cybersécurité. Derrière la discrétion, un écosystème d’innovation dense, bien financé et connecté aux réseaux européens.

Interuniversity Microelectronics Centre, Belgique
IMEC : le joyau mondial de la nanoélectronique
Fondé en 1984 à Louvain par le gouvernement flamand, l’IMEC (Interuniversity Microelectronics Centre) est aujourd’hui le premier centre mondial de R&D en nanoélectronique et technologies numériques. L’institut emploie plus de 5 500 chercheurs de 96 nationalités, collabore avec plus de 600 entreprises partenaires (Intel, Samsung, TSMC, ASML, etc.) et dispose d’une ligne pilote 300 mm d’une valeur de 2,5 milliards d’euros. Son chiffre d’affaires a franchi la barre du milliard d’euros en 2024 (1,034 milliard).
L’IMEC a obtenu une allocation de 1,45 milliard d’euros de l’Union européenne et de la Flandre dans le cadre du EU Chips Act pour héberger la ligne pilote NanoIC — un investissement complété par 1,05 milliard d’ASML. En 2024, l’IMEC était le premier déposant de brevets en Belgique (203 demandes auprès de l’OEB, +8,6 %), et le pays se classait 4e en Europe pour les brevets déposés par des organismes publics de recherche. L’institut est au cœur de la collaboration transatlantique UE-États-Unis sur les semiconducteurs, formalisée lors de la visite du Trade and Technology Council à Louvain en avril 2024.
Un écosystème de startups en maturation
La Belgique compte désormais cinq licornes tech, dont Collibra (gouvernance des données, valorisée à plus de 5 milliards d’euros), Odoo (ERP open source, également pentacorne) et Lighthouse (logiciels hôteliers). En 2024, 40 sorties (exits) ont été réalisées, avec une forte activité d’acquisitions.
L’année 2024 a marqué un record de levées de fonds tech (1,42 milliard d’euros hors biotech), dont 70 % orientés vers l’intelligence artificielle. Le premier semestre 2025 a marqué une normalisation (366 millions d’euros, -47 % par rapport au S1 2024), mais le nombre de transactions a progressé de 22 % (71 deals contre 58), signe d’un écosystème toujours actif. Le top 10 des levées au S1 2025 met en évidence la montée en puissance des semiconducteurs, avec des spin-offs de l’IMEC comme Swave Photonics (33 millions d’euros) et Vertical Compute (20 millions).
Les principaux hubs sont Louvain (IMEC, KU Leuven, startups deep tech), Gand (biotechs, AI), Bruxelles (fintech, services numériques, sièges européens), Liège (aérospatial avec Aerospacelab) et Charleroi (biotech, digital). Des incubateurs comme Start it @KBC, Startups.be, iMinds (intégré à l’IMEC) et WSL (Wallonia Space Logistics) structurent l’écosystème.
IA, cybersécurité, fintech : les verticales fortes
L'intelligence artificielle est le secteur le plus financé, porté par la proximité de l'IMEC, les capacités de calcul haute performance et la recherche universitaire (KU Leuven, VUB, ULiège). La Belgique se distingue également en cybersécurité : le pays est classé 2e européen en maturité cyber (sur 16 pays évalués) et dispose d'une stratégie nationale 2021-2025 ambitieuse, pilotée par le Centre for Cybersecurity Belgium (CCB). La présence des institutions européennes et de l'OTAN crée une demande structurelle en solutions de sécurité numérique.
La fintech belge est portée par des acteurs comme Bancontact Payconiq, Isabel Group et un réseau dense de startups dans le paiement, l'assurtech et la regtech. L'aérospatial constitue une verticale montante, avec Aerospacelab (satellites, Wallonie) et la participation de la Belgique à l'Agence spatiale européenne (ESA).
Recherche et universités : le socle
85 % des startups belges se disent confiantes d'obtenir le financement nécessaire (Deloitte, 2025). Cette confiance repose sur un socle académique solide : la KU Leuven est la première université européenne innovante (Reuters), l'UCLouvain, l'ULB, l'UGent, la VUB, et l'ULiège disposent toutes de cellules de transfert technologique actives. Les dépenses totales de R&D de la Belgique dépassent 3,5 % du PIB, parmi les plus élevées de l'OCDE, dont les deux tiers proviennent du secteur privé (essentiellement chimie-pharma et numérique).
Sources : IMEC (rapport annuel 2024-2025), Agoria, Deloitte Belgian Start-up & Scale-up Report 2025, OEB (Patent Index 2024), EU Chips Act, CCB, Wallonie Entreprendre
