Economie
Conjoncture 2025-2026 : ce que disent les chiffres belges
L’économie belge aborde 2025-2026 avec un mélange de résilience et de fragilités. Après une croissance de 1 % en 2024— supérieure à celle de la zone euro (0,4 %) et de l’Allemagne (-0,3 %) —, le Bureau fédéral du Plan (BFP) et la Banque Nationale de Belgique (BNB) projettent une activité stable mais modérée dans les deux années à venir. Le moteur reste la consommation privée, tandis que l’industrie marque le pas et que les finances publiques constituent le principal point de vigilance.

Grand Place, Bruxelles - Belgique
Croissance : un plateau autour de 1 %
Le BFP, dans ses prévisions de septembre 2025, anticipe une croissance de 1,2 % en 2025 et 1,1 % en 2026. La BNB, dans ses projections de décembre 2025, est légèrement plus prudente avec une croissance à peine supérieure à 1 % sur l’ensemble de la période 2025-2028. Ces chiffres placent la Belgique dans la moyenne de la zone euro (prévision FMI de 1,2 % pour 2025), loin du dynamisme des États-Unis mais au-dessus de l’Allemagne.
La consommation privée reste le principal moteur de la croissance : elle a contribué à hauteur de 1,3 point de pourcentage au deuxième trimestre 2025, compensée par une contribution nulle des exportations nettes. Les services tirent l'activité (0,6 point de contribution), tandis que l'industrie manufacturière a enregistré un repli de 14,8 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2025 — un niveau inédit depuis la pandémie. La construction a également reculé de 13,4 % sur la même période.
Inflation : un pic en 2025, puis la décrue
L'inflation a constitué l'un des défis majeurs de l'économie belge. En 2024, l'inflation a atteint 4,3 %, bien au-dessus de la zone euro (2,4 %), principalement en raison de la suppression des aides à l'énergie accordées aux ménages, qui a fait bondir l'inflation énergétique à près de 10 % en Belgique alors qu'elle restait négative dans la zone euro.
Pour 2025, la BNB projette une inflation moyenne de 3 %, le BFP anticipe 2,4 %. La décrue devrait se confirmer en 2026, avec un retour sous la barre des 2 % selon la plupart des prévisions. L'appréciation de l'euro et la baisse des prix du pétrole et du gaz contribuent à cette normalisation. Toutefois, l'entrée en vigueur du nouveau système européen d'échange de quotas d'émission (ETS2) en 2028 pourrait provoquer un rebond temporaire de l'inflation par son impact sur les prix des carburants.
L'indexation automatique des salaires, spécificité belge, a partiellement protégé le pouvoir d'achat des ménages mais a pesé sur la compétitivité des entreprises. Les coûts salariaux horaires ont augmenté de 2,8 % en 2024 et devraient progresser de 3,2 % en 2025.
Marché du travail : création d'emplois en ralentissement
Après la dynamique exceptionnelle de 2021-2023, la création d'emplois a nettement ralenti en 2024. Le BFP anticipe 26 000 créations nettes en 2025 et 38 000 en 2026. La BNB projette environ 135 000 emplois créés entre 2025 et 2028. Le taux de chômage (BIT) s'est établi à 5,8 % en 2024, avant de remonter autour de 6,2-6,5 % en 2025.
Le taux d’emploi des 20-64 ans se situe à 72,7 % au troisième trimestre 2025 — encore loin de l’objectif gouvernemental de 80 % à l’horizon 2029. Les disparités régionales restent marquées : la Flandre affiche un taux d’emploi de 76,5 % et un chômage de 4,5 %, tandis que la Wallonie enregistre 68,6 % et 7,9 %, et Bruxelles 64,9 % et 13,1 %. Le gouvernement fédéral mis en place sous la direction de Bart De Wever (premier ministre depuis février 2025) a engagé une réforme du chômage visant à renforcer les incitants au retour à l’emploi.
Les pénuries de main-d’œuvre restent structurelles dans plusieurs secteurs : santé, construction, IT, ingénierie et métiers techniques. Ce décalage entre offre et demande constitue l’un des principaux freins à la croissance potentielle.
Finances publiques : le déficit qui inquiète
C’est le talon d’Achille de l’économie belge. La BNB projette un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, qui devrait rester autour de 5 % dans les années suivantes malgré les mesures de consolidation budgétaire du nouveau gouvernement. La dette publique, estimée à environ 104 % du PIB en 2024, est projetée à 113,8 % en 2028 par la BNB.
La Belgique fait l’objet d’une procédure pour déficit excessif de la Commission européenne. Les mesures annoncées fin novembre 2025 par le gouvernement fédéral ciblent principalement la fiscalité indirecte et les dépenses sociales, mais leur impact net reste incertain. La trajectoire des dépenses de pensions et de soins de santé, dans un contexte de vieillissement accéléré, pèse lourdement sur les projections.
La dette extérieure brute reste maîtrisée (62,2 % du PIB) et la position extérieure nette du pays demeure positive (60,1 % du PIB), la Belgique restant créancière vis-à-vis du reste du monde.
Commerce extérieur : un excédent retrouvé
Après plusieurs années de déficit, la balance commerciale des biens a renoué avec l'excédent en 2024 (7,2 milliards d'euros pour les biens, 9,4 milliards en incluant les services selon certaines estimations). Ce redressement s'explique davantage par la baisse des importations (-8,8 %) que par la dynamique des exportations (-4,9 %). La BNB anticipe un compte courant légèrement positif à +0,1 % du PIB en 2025, après -0,9 % en 2024.
La compétitivité-coût reste une préoccupation : la hausse cumulée des coûts salariaux, supérieure à celle des pays voisins, érode les marges des exportateurs. Les entreprises de la chimie et de la pharma, qui représentent un tiers des exportations, subissent un taux d'utilisation des capacités historiquement bas.
Ce qu'il faut retenir
La Belgique n'est ni en crise ni en plein essor. Sa trajectoire de croissance est stable mais modeste, son marché du travail crée des emplois mais insuffisamment pour atteindre ses objectifs, et ses finances publiques appellent des réformes de fond. Pour un investisseur ou un dirigeant francophone, le message est nuancé : la demande intérieure reste solide, les fondamentaux macroéconomiques (position extérieure, stabilité du cadre institutionnel, qualité des infrastructures) demeurent robustes, mais la pression fiscale et le coût du travail nécessitent une stratégie d'implantation bien calibrée.
Sources : Bureau fédéral du Plan (septembre 2025), Banque Nationale de Belgique (décembre 2025), SPF Économie, Statbel (EFT Q3 2025), FMI (WEO octobre 2025), Direction générale du Trésor (France) 2025, Conseil Supérieur de l'Emploi (juillet 2025)
